Eugène Trousselapin

Eugene 01   Solognot je suis. Conçu dans les fougères une belle nuit d’été, je suis officiellement né de père inconnu. Sans pedigree, comme les chiens de vache, mes meilleurs amis.

   J’ai exercé bien des métiers le jour, mais un seul la nuit: braconnier. Avec une spécialité, le lapin, que ce soit au filet, au collet, au grillage, au furet avec des bourses et même au fusil à la lanterne quand j’avais décidé que les gardes de Monsieur le comte avaient besoin de se dégourdir les jambes la nuit. Trousselapin, un sobriquet donné par un patron de bistrot qui est devenu mon patronyme. Depuis que les allocations familiales et la myxomatose ont tué le braconnage, je suis un peu rangé des voitures, quasiment au chômage. Mon ANPE à moi c’est la Maison du braconnage de Chaon. Je vais pointer tous les après midi depuis 1997. Au début j’étais attaché au mur de la prison, assis sur un banc, les visiteurs pouvaient venir s’asseoir à côté de moi, partager ma triste condition de repris de justice volontaire.

   Depuis que la tempête Xynthia a décoiffé la maison du braconnage, on m’a offert une cellule confortable à l’abri des courants d’air. La grille est fermée pour que les gamins ne viennent pas m’agacer. Dès la fermeture du musée je m’échappe par la fenêtre. Je vais courir les landes et les bois qui peuplent mon imaginaire.