Vivre avec le loup

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Un conflit vieux comme le monde

Depuis que l’homme est sédentaire et éleveur, il cohabite avec le loup dont il est le seul prédateur. Mais nous trouvons aujourd’hui en notre meilleur ennemi un symbole de résistance à la disparition du sauvage. Le retour en grâce du loup dans l’opinion publique, pour cause de biodiversité en danger, ne doit pas occulter les peurs ancestrales qui s’attachent à son image.

La brève revanche des agneaux

Au regard de l’histoire, l’éradication en France du Canis lupus fut de courte durée. Plus que la vènerie et les battues des louvetiers, le piégeage intensif et l’utilisation d’appâts empoisonnés ont font disparaître  le loup des régions de plaine à la fin du XIXe siècle ou au plus tard un peu avant la guerre de 1914. Les derniers loups ont fait long feu, discrets et malins,retirés dans des lieux inaccessibles. On considère que la disparition totale du loup dans notre pays se situe vers 1930. Il fait sa réapparition en zone de montagne depuis 1992 après moins d’un siècle d’absence. Son caractère prédateur était une donnée incontournable de la vie rurale. Aujourd’hui se pose le problème de la tolérance à sa prédation, sur les espèces sauvages dont il est le régulateur naturel, mais surtout sur les troupeaux ovins qui lui  paient un tribut trop lourd. La limite de cette tolérance pose tout de suite le problème d’une régulation légale.

 Des loups près de chez nous

Aujourd’hui l’espèce protégée par la convention de Berne prospère. Sur le territoire français la population est estimée à 250 ou 300 loups avec une progression annuelle de près de 20%. Les prédateurs sont installés dans vingt départements situés  dans une grande moitié Est de la France, des Alpes Maritimes à la Meuse, en passant par le Pyrénées Orientales, la Lozère, l’Yonne, l’Aube. De vrais loups sauvages, pas des loups de zoos ou des échappés de parcs, vivent donc à moins de 200 km des bois Solognots. Il faut s’attendre à les voir franchir la Loire dans les années à venir ce qui risque de susciter un bel émoi dans les rangs des chasseurs solognots et  une légitime appréhension chez les agriculteurs. Chez les veneurs et les piégeurs on attend de pied ferme des signes de présence scientifiquement validés (L’ADN  parle) pour se mettre sur le pied de guerre. Et les pièges photographiques vont enfin servir à identifier autre chose que des ramasseurs de girolles.

 Le loup, un animal politique

Ségolène Royal, la ministre de l’écologie a donné  en Juillet 2014 des signes en direction  des détracteurs de la présence du loup. Elle porte à 36 par an contre 24 le nombre des carnivores qui peuvent être abattus par les éleveurs ou les chasseurs. Des battues d’effarouchement pourront être organisées jusque dans les Parcs Nationaux qui étaient jusqu’ici sanctuarisés. Pour les associations de protection de la nature la ministre a pour la première fois franchi une ligne rouge, elle prend une position très politique qui va l’encontre de l’opinion publique, favorable pour le moment  au retour du grand prédateur, pourvu que ce soit loin de son domicile. On n’a pas fini de voir se multiplier les recours  contre les arrêtés devant quantité de juridictions administratives.

 L’Europe et les loups

A l’échelle mondiale  ,l’Europe continentale comparée à l’Amérique du Nord ou à la Russie est pauvre en loups, elle n’abriterait que 1% des loups de la planète, environ 3000 individus sur une population mondiale estimée à 300 000. Le loup européen bénéficie de la même protection que le cormoran , terreur des pisciculteurs. Son classement dans l’annexe II le place dans les espèces dites vulnérables pour lesquels les états signataires doivent assurer la pérennité des milieux qui lui sont favorables. La Suisse, avec moins de 10 loups recensés, a tenté de faire passer le loup dans l’annexe III modifiant son statut d’espèce strictement protégée à espèce protégée.

Au vu du rapport d’un groupe d’experts internationaux le comité permanent de l’organisation internationale a opposé à la Suisse un refus catégorique. Pas question de lever la protection  du loup pour quelques individus erratiques sur le territoire. Les pressions des parlementaires français se sont heurtées à la même fin de non recevoir.

La protection des troupeaux et l’indemnisation des éleveurs coûte fort cher à l’état Français. En 2011 les mesures de protection ont coûté protection 6,3 millions d’euros auxquels il faut ajouter 1,5millions d’indemnisation des brebis tuées pour 1415 attaques recensées. Chaque loup français coûterait au contribuable près de 30 000 euros.

 Le retour des terreurs du passé

La situation d’une population en expansion est transitoire et  devrait dans les années à venir se stabiliser. En Italie et en Espagne, le coût des dégâts est bien inférieur pour des populations stables autour de 2000 loups. Les méthodes d’élevage en plein air n’ont pas changé au cours du temps car la présence du loup est intégrée depuis toujours dans le système d’élevage. Mais le fragile équilibre risque d’être remis en cause en cas d’une attaque sur un être humain. La pression médiatique serait énorme et on ne manquerait pas de voir ressurgir toutes les terreurs du passé qui ne sont enfouies que de manière très superficielle. Ne réveillez pas le petit chaperon rouge qui sommeille en vous.

Pierre Aucante